-Tu crois sérieusement être plus attachée à moi que moi à toi ? murmura-t-il en se rapprochant encore de moi, l'or sombre de ses pupilles me transperçant le c½ur.
Je dus me rappeler de respirer et détourner le regard avant de perdre le pied.
- Tu recommences, marmonnais-je.
- Quoi ? s'étonna-t-il.
- A m'éblouir.
- Oh. Désolé.
- Ce n'est pas ta faute, soupirais-je. Tu ne peux pas t'en empêcher.
- Bon, tu réponds à ma question ?
- Oui.
- Oui tu réponds ou oui tu estimes tenir plus à moi que l'inverse ? s'énerva-t-il.
- Oui, je suis plus attirée par toi que tu ne l'es par moi.
Je gardai les yeux baissés sur le plastique laminé imitation bois de la table et m'entêtai à ne pas rompre le silence en première tout en résistant à la tentation de vérifier sa réaction.
- Tu as tort, finit-il par dire doucement.
Je relevai la tête pour plonger dans la tendresse qui avait envahi ses prunelles.
- Tu n'en sais rien, chuchotais-je en essayant de me ressaisir.
Parce que ses mots m'avaient percé le c½ur et que j'aurais souhaité par-dessus tout les croire.
- Qu'est-ce qui te fait penser ça ?
Les topazes liquides de ses yeux étaient inquisitrices, comme si elles avaient voulu, en vain, arracher la vérité à mon esprit. Je luttai pour garder les idées claires et m'expliquer. Je vis qu'il s'impatientait, frustré par mon silence. Il fronça les sourcils, et je levai un doigt pour le calmer.
- Laisse-moi réfléchir, demandais-je.
Il se détendit, satisfait de savoir que j'allais lui répondre. Je croisais les mains et me concentrai dessus.
- Disons que, sans même parler de certains signes évidents, il me semble parfois... Je ne suis pas sûre de ce j'avance, je ne lis pas dans les esprits des autres, moi, mais bon, j'ai l'impression que, derrière chacune de tes paroles, il y a un message caché. Qui est que tu essaies de couper les ponts.
Je n'avais pas trouvé mieux pour transcrire le sentiment d'angoisse que ses mots déclenchaient régulièrement en moi.
- Bien vu. (Mon angoisse ressurgit aussitôt.) Mais c'est exactement là que tu te trompes. Car...
Soudain, il s'interrompit.
- Qu'entends-tu par « signes évidents » ? reprit-il.
- Il suffit de me regarder, je suis d'une banalité effarante. Enfin, sauf quand il s'agit de passer à côté de la mort ou d'être si maladroite que ça frôle le handicap. Comparée à toi...
J'eus un geste évasif en direction de sa stupéfiante perfection. Une seconde, il plissa le front, mécontent, puis ses yeux retrouvèrent leur sérénité doublée d'une certaine suffisance.
- Tu ne te vois pas de façon très claire, tu sais. Je reconnais que tu es irrécupérable, pour ce qui est de te fourrer dans les ennuis (ricanement caustique), mais tu es apparemment restée hermétique aux réactions de tous les types le jour de ton arrivée.
- Tu mens, murmurais-je, abasourdie.
- Fais-moi confiance, ne serait-ce que pour une fois. Tu es tout sauf ordinaire.